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Une plateforme logistique fait de la compensation «biodiversité», une première

Clesud à Grans-Miramas (13)

Clesud à Grans-Miramas (13)

L’aménagement d’une plateforme logistique peut occasionner une perte de biodiversité rare. Le cas s’est produit pour la zone logistique Clesud à Grans-Miramas (13). Benjamin GILORMINI, de l’Epad (aménageur public de la plate forme), détaille le projet de compensation innovant.

Pourquoi l’Epad s’est penché sur la compensation «biodiversité» ?

L’implantation de la zone logistique Clesud a été réalisée, à l’issue d’une recherche foncière élargie à l’ensemble de l’aire métropolitaine marseillaise et à l’issue d’une analyse multicritères, sur une zone incluant des vignes, prairies et vergers, ainsi que quelques dizaines d’hectares de friches susceptibles d’accueillir les espèces endémiques du coussoul de Crau,  steppe rase unique en Europe. La zone de Clesud se trouve en bordure d’un espace classé Natura 2000, constitué principalement de coussoul. L’aménagement a eu une incidence sur cet écosystème rare et fragile. Bien que ce projet ait reçu l’ensemble des autorisations requises dans le cadre du droit français applicable à la fin des années 90 (avant transcription des directives européennes, notamment par le décret « Natura 2000 » de décembre 2001), la commission européenne a porté une action contre la France pour défaut de zonage. Ce différend portant notamment sur la prise en compte des impacts de la plateforme logistique sur la biodiversité des coussouls de Crau, l’Epad s’est donc engagé à trouver une solution pour contribuer à régler le précontentieux entre l’état français et l’Europe, bien qu’aucun texte règlementaire ne l’oblige à mettre en œuvre une opération de compensation.

Pouvez-vous nous rappeler les règles d’aménagement en milieu naturel ?

Dès qu’un aménagement a une incidence sur un site Natura 2000 et la biodiversité qu’il abrite, deux cas de figure se présentent :
1 : Impossibilité de construire : c’est la sanctuarisation du patrimoine naturel.
2 : Possibilité d’aménager sous réserve de compensation (décret de décembre 2001) si le projet répond à des enjeux de sécurité, de santé publique ou d’hygiène, ou de protection environnementale globale. C’est ce dernier cas qui a rendu le projet Clesud acceptable au titre de la règlementation Natura 2000 (sous réserve de compensation des incidences sur la biodiversité) puisque la zone, qui accueille un chantier de transport combiné et contribue au report modal vers le rail du transport de fret sur l’axe Nord – Sud, permettant une réduction non négligeable des émissions de CO2 liées au transport de marchandises.

Comment avez-vous procédé pour ce projet de compensation ?

Dans un premier temps, il a fallu évaluer les incidences de la zone logistique sur la biodiversité. Un cabinet d’études a été missionné et a porté ses conclusions : 100 hectares d’écosystème agropastoral (prairie sèche comparable au coussoul en termes de potentiel d’accueil de biodiversité) devaient être recréés pour compenser les dommages environnementaux liés à Clesud. Cette estimation validée par l’état, l’Epad a cherché un partenaire pour mettre en œuvre ce projet de compensation, qui nécessite des compétences techniques très spécifiques : c’est la proposition de CDC Biodiversité qui a été retenue. Sa mission a été de reconstituer un écosystème (le coussoul) à partir d’un terrain agricole : achat d’un terrain (verger), prise en charge des travaux de réhabilitation de l’écosystème (suppression des arbres, préparation du sol, etc.) et service d’entretien / suivi scientifique pendant 30 ans. Le cout de cette opération, ramené à l’hectare réhabilité, s’élève à 35 000 €.
Au final, l’écosystème reconstitué s’étend sur 350 hectares et l’Epad y a participé à hauteur de 1,65 M€ (pour une contribution totale de 2 M € pour des actions en faveur de la biodiversité), soit un peu moins de 50 ha.  Tel est le prix de notre compensation biodiversité pour la zone de Clesud. Les services de l’Etat, conscients de ce que l’objectif de reconstitution de 100 ha d’écosystème ne garantissait pas un résultat de qualité, ont accepté de réduire l’objectif quantitatif initial de 100 ha à 50 ha dans le cadre de l’opération Cossure menée par CDC Biodiversité, dont les résultats ont pu être mesurés et sont jugés très satisfaisants en termes écologiques.

Quelles ont été vos motivations pour ce projet ?

Si du point de vue de la réglementation française nous étions conformes, l’Epad a pour ambition de réaliser des opérations exemplaires. Ce projet de compensation vient donc donner du sens à cette ambition, et inscrire notre territoire dans une démarche durable dans laquelle l’ensemble des projets impliquant une consommation d’espace naturels et un impact sur la biodiversité devront être compensés efficacement.

Néanmoins, vous communiquez assez peu sur ce projet ?

Effectivement, la compensation biodiversité répond à un enjeu d’image que nous pourrions exploiter. Mais bien d’autres enjeux méritent également notre implication, à commencer ceux de la supply chain globale. Nous concentrons nos efforts sur la performance des fonctionnalités logistiques, sur le plan économique et environnemental. Comment développer le report modale vers le rail à partir des infrastructures que nous avons créées et de l’offre immobilière que nous avons développée sur Clesud, comment améliorer le taux de remplissage des camions sont par exemple des réflexions majeures, reliées directement à la durabilité de notre métier et du développement économique de notre territoire.

Pour en savoir plus sur Clesud
Pour en savoir plus sur CDC Biodiversité, interview du directeur de CDC biodiversité
Dans cette thématique : « Préserver la biodiversité sur les plateformes logistiques »

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